{"id":38783,"date":"2023-02-21T14:18:15","date_gmt":"2023-02-21T19:18:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tedpublications.com\/fr\/?p=38783"},"modified":"2023-02-21T14:18:15","modified_gmt":"2023-02-21T19:18:15","slug":"billie-holiday-la-dame-en-satin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tedpublications.com\/fr\/billie-holiday-la-dame-en-satin\/","title":{"rendered":"Billie Holiday : la Dame en satin"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\"><em>Il y a 65\u00a0ans, du 19 au 21\u00a0f\u00e9vrier 1958, la chanteuse <strong>Billie Holiday<\/strong> enregistrait son avant-dernier album en carri\u00e8re, et le dernier \u00e0 para\u00eetre de son vivant, le somptueux et douloureux <\/em>Lady in Satin<em>. Retour sur un disque incontournable\u00a0!<br \/>\n<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: verdana, geneva;\">Fanatique de jazz, l\u2019\u00e9crivain et homme de radio <strong>Alain Gerber<\/strong> (qui a longtemps anim\u00e9 des \u00e9missions consacr\u00e9es \u00e0 cette musique \u00e0 l\u2019antenne de <strong>France Musique<\/strong> et de <strong>France<\/strong> <strong>Culture<\/strong>) a eu \u00e0 propos de <strong>Billie Holiday<\/strong> cette phrase extraordinaire qui r\u00e9sume mieux que je ne saurais le faire mon opinion sur cette artiste essentielle\u00a0: <em>il y a deux types de chanteuses de jazz\u00a0: <strong>Billie Holiday<\/strong>\u2026 et toutes les autres\u00a0!<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\"><a href=\"https:\/\/www.tedpublications.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Billie_Holiday_Lady_in_Satin.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-38786 alignleft\" src=\"https:\/\/www.tedpublications.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Billie_Holiday_Lady_in_Satin-550x550.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.tedpublications.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Billie_Holiday_Lady_in_Satin-550x550.jpg 550w, https:\/\/www.tedpublications.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Billie_Holiday_Lady_in_Satin-647x647.jpg 647w, https:\/\/www.tedpublications.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Billie_Holiday_Lady_in_Satin-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.tedpublications.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Billie_Holiday_Lady_in_Satin-768x768.jpg 768w, https:\/\/www.tedpublications.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Billie_Holiday_Lady_in_Satin-45x45.jpg 45w, https:\/\/www.tedpublications.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/Billie_Holiday_Lady_in_Satin.jpg 900w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/a>Si \u00e0 l\u2019approche de la soixantaine je partage cette conviction de <strong>Gerber<\/strong>, il n\u2019en a pas toujours \u00e9t\u00e9 le cas. Adolescent, j\u2019\u00e9tais nettement moins qu\u2019impressionn\u00e9 par elle. Permettez-moi de revenir \u00e0 cette confidence, que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 racont\u00e9e dans mes livres\u00a0: \u00e0 treize ans, j\u2019ai vu \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision avec ma m\u00e8re le film <em>Lady Sings the Blues<\/em>, une production <strong>Motown<\/strong> r\u00e9alis\u00e9e en\u00a01972 par <strong>Sidney\u00a0J. Furie<\/strong>. Inspir\u00e9 du livre du m\u00eame titre, ce m\u00e9lodrame pseudo-biographique raconte la vie et la carri\u00e8re de <strong>Billie Holiday<\/strong>, incarn\u00e9e avec une certaine intensit\u00e9 par <strong>Diana Ross<\/strong>, autrefois du groupe vocal <strong>The Supremes<\/strong>, qui fait alors ses d\u00e9buts au grand \u00e9cran. Assez t\u00f4t pendant le film, ma m\u00e8re d\u00e9clarait, assez p\u00e9remptoire\u00a0: <em>Oh, ce n\u2019est pas si mal, ce qu\u2019elle fait avec les chansons, mais elle n\u2019est assur\u00e9ment pas du calibre de Billie<\/em>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\">J\u2019ai failli faire une syncope. Pour l\u2019ado que j\u2019\u00e9tais, qui tenait alors <strong>Diana Ros<\/strong>s pour la plus talentueuse chanteuse qui soit, pour l\u2019une des plus belles femmes au monde, pour un cadeau du ciel \u00e0 cette plan\u00e8te, la pilule \u00e9tait dure \u00e0 avaler. Comment ma m\u00e8re osait-elle critiquer <strong>Diana Ross<\/strong>\u00a0? Mais maman n\u2019en d\u00e9mordait pas et finit par me dire quelque chose comme\u00a0: <em>Ne me crois pas sur parole; va dans ma discoth\u00e8que un de ces quatre, choisis un disque de <strong>Billie Holiday<\/strong> et juge-z\u2019en par toi-m\u00eame<\/em>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\">Ce que j\u2019ai fait au bout de quelques jours.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\">Il ne s\u2019agissait pas de <em>Lady in Satin,<\/em> plus probablement d\u2019une compilation des grands succ\u00e8s de la dame au gard\u00e9nia. Sur ce point pr\u00e9cis, honte \u00e0 moi, ma m\u00e9moire me fait d\u00e9faut. Cela dit, je ne crois pas que l\u2019ado que j\u2019\u00e9tais aurait appr\u00e9ci\u00e9 <em>Lady in Satin<\/em> davantage que ce que j\u2019ai entendu ce jour-l\u00e0. Je ne comprenais pas comment ma m\u00e8re pouvait pr\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la grande <strong>Diana Ross<\/strong> cette femme \u00e0 la voix nasillarde, \u00e0 la diction tra\u00eenante, manifestement affect\u00e9e par l\u2019alcool. Et je ne me suis pas g\u00ean\u00e9 pour le dire \u00e0 maman. Pour moi, l\u2019affaire fut vite class\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\">Quarante-quatre ans plus tard, je m\u2019amuse un peu du fait d\u2019avoir eu plus ou moins le m\u00eame d\u00e9bat avec mes propres enfants, admirateurs inconditionnels de chanteuses <em>pop<\/em> contemporaines qui doivent beaucoup \u00e0 <strong>Billie<\/strong>, les <strong>Macy Gray<\/strong>, <strong>Alicia Keys<\/strong>, <strong>Amy<\/strong> <strong>Winehouse<\/strong> et m\u00eame <strong>Rihanna<\/strong> et <strong>Beyonce<\/strong>, qui tour \u00e0 tour lui ont rendu hommage en adoptant son <em>look<\/em> embl\u00e9matique avec le gard\u00e9nia blanc dans les cheveux (la premi\u00e8re, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une s\u00e9ance de photos pour le magazine <em>Jewel <\/em>en 2006\u00a0; la seconde, lors d\u2019une prestation au <strong>Gala des Grammys<\/strong> de 2007).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\"><strong><span style=\"color: #800000;\">Le grand choc<\/span><br \/>\n<\/strong>Au milieu de ma vingtaine, gr\u00e2ce au club de disques <strong>Columbia<\/strong> auquel j\u2019\u00e9tais abonn\u00e9 et qui proposait l\u2019\u00e9dition <em>CD<\/em> comme s\u00e9lection du mois en jazz, j\u2019ai d\u00e9couvert ce disque incontournable et ne me suis jamais remis du choc. Sans doute me faut-il ajouter qu\u2019\u00e0 ce moment, je m\u2019\u00e9tais converti et avais adopt\u00e9 <strong>Billie Holiday<\/strong> comme ma chanteuse pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, toutes cat\u00e9gories confondues, sous l\u2019influence notamment de <strong>Gilles Archambault<\/strong> et de sa l\u00e9gendaire \u00e9mission radiophonique <em>Jazz soliloque<\/em>. Ce n\u2019\u00e9tait pas le premier <em>CD<\/em> de <strong>Billie<\/strong> dont je faisais l\u2019acquisition (d\u2019ailleurs en deux exemplaires, un pour moi et un pour ma m\u00e8re), mais c\u2019est certainement l\u2019un des plus importants.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\">Pourquoi\u00a0? En raison d\u2019abord de son importance historique. Dernier disque de <strong>Billie<\/strong> paru de son vivant, <em>Lady in Satin<\/em> repr\u00e9sente d\u2019une certaine mani\u00e8re la culmination de son art. Pourtant, ce n\u2019est pas forc\u00e9ment un album facile d\u2019acc\u00e8s. \u00c0 ce moment de sa vie, la chanteuse \u00e9tait passablement amoch\u00e9e par ses exc\u00e8s (alcool, cigarettes, drogues dures), sa voix avait perdu les qualit\u00e9s de cuivre chatoyant qu\u2019elle avait dans sa prime jeunesse et qui rappelaient le timbre de la trompette de son idole, <strong>Louis Armstrong<\/strong>. Au moment d\u2019enregistrer <em>Lady in Satin,<\/em> <strong>Billie<\/strong> n\u2019\u00e9tait qu\u2019au d\u00e9but de la quarantaine, mais on aurait pu la croire pas mal plus \u00e2g\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\">Malgr\u00e9 ses limites bien audibles, malgr\u00e9 ses capacit\u00e9s diminu\u00e9es (elle n\u2019avait de toute mani\u00e8re jamais eu le registre d\u2019une <strong>Ella Fitzgerald<\/strong> ou d\u2019une <strong>Sarah Vaughan<\/strong>), elle reste <strong>Billie Holiday<\/strong>, l\u2019incarnation m\u00eame de la chanteuse de jazz, une artiste dot\u00e9e d\u2019une capacit\u00e9 in\u00e9gal\u00e9e de se couler dans les moindres nuances d\u2019un texte, d\u2019en tirer la substantifique moelle dirait-on au point de donner \u00e0 l\u2019auditeur l\u2019impression qu\u2019elle ne chante pas mais qu\u2019elle vit ou a v\u00e9cu ce dont parle la chanson. En somme, c\u2019est l\u2019art de la trag\u00e9dienne qui \u00e9meut ici.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\">Certains reprochent \u00e0 cet album son c\u00f4t\u00e9 \u00e0 la fois m\u00e9lodramatique et sirupeux\u2026 Je ne souscris certes pas \u00e0 ces critiques. Sans doute faut-il replacer <em>Lady in Satin<\/em> dans le contexte de sa cr\u00e9ation.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva; color: #800000;\"><strong>La gen\u00e8se d\u2019un chef-d\u2019\u0153uvre probl\u00e9matique<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: verdana, geneva;\">Tout au long des ann\u00e9es 1950, <strong>Billie Holiday<\/strong> a grav\u00e9 pour le label <strong>Verve<\/strong> des disques en petites formations r\u00e9unissant autour d\u2019elle des vieux complices des ann\u00e9es <em>swing<\/em>, des musiciens de la carrure du saxophoniste <strong>Ben Webster<\/strong>, du trompettiste <strong>Harry <em>Sweets<\/em> Edison <\/strong>et consorts. La maison de disques avait jongl\u00e9 avec l\u2019id\u00e9e de lui faire enregistrer des <em>Songbooks <\/em>consacr\u00e9s au r\u00e9pertoire des grands compositeurs de la chanson populaire am\u00e9ricaine (les <strong>Gershwin<\/strong>, <strong>Porter<\/strong>, <strong>Berlin<\/strong> et <em>tutti quanti<\/em>), mais le projet ne s\u2019est pas mat\u00e9rialis\u00e9 ou, plut\u00f4t, est all\u00e9 \u00e0 <strong>Ella Fitzgerald<\/strong> d\u00e8s son entr\u00e9e dans l\u2019\u00e9curie <strong>Verve<\/strong>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\">Aussi grandioses que soit la douzaine certains des douze disques enregistr\u00e9s par elle pour <strong>Verve<\/strong>, <strong>Billie Holiday<\/strong> \u00e9tait insatisfaite et m\u00e9contente. En\u00a01957, elle choisit de ne pas renouveler son contrat avec la firme. Approch\u00e9e la m\u00eame ann\u00e9e par <strong>Irving Townsend<\/strong> de la <strong>Columbia<\/strong>, maison chez qui elle avait fait ses d\u00e9buts dans les ann\u00e9es\u00a01930, elle lui confie son envie de travailler avec l\u2019arrangeur <strong>Ray Ellis<\/strong>, dont elle appr\u00e9ciait l\u2019album <em>Ellis in Wonderland<\/em>. Ce choix avait quelque chose d\u2019\u00e9tonnant, m\u00eame pour <strong>Ellis<\/strong> qui \u00e9tait davantage associ\u00e9 \u00e0 la <em>pop<\/em> commerciale qu\u2019au jazz pur et dur, mais la chanteuse d\u00e9sirait, aux dires de <strong>Townsend<\/strong>, cr\u00e9er une musique d\u00e9licate et jolie.<\/span><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"YouTube video player\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/gncbydxqE4Y\" width=\"1080\" height=\"720\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\"><strong>Billie<\/strong> voulait un album au son plus contemporain que ses disques ant\u00e9rieurs, proche de celui des productions de <strong>Sinatra<\/strong> ou des <em>Songbooks <\/em>d\u2019<strong>Ella<\/strong>. On peut en effet reprocher \u00e0 <strong>Ray Ellis<\/strong> d\u2019en avoir beurr\u00e9 \u00e9pais dans ses arrangements, mais bien que passablement amoch\u00e9e la voix de <strong>Billie<\/strong>, la qualit\u00e9 de son \u00e9motion transcende les violonnades hollywoodiennes. <strong>Billie Holiday<\/strong> voulait rivaliser ici avec son disciple et ami <strong>Frank<\/strong> <strong>Sinatra<\/strong>, et sans doute s\u00e9duire une partie du public du <em>crooner<\/em>\u00a0; elle a d\u2019ailleurs choisi pour ce disque un r\u00e9pertoire essentiellement constitu\u00e9 de <em>torch songs<\/em>, ces chansons d\u2019amours d\u00e9\u00e7ues et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es qu\u2019elle fr\u00e9quentait d\u00e9j\u00e0, certes, mais dont <strong>Sinatra<\/strong> avait fait quasiment une sp\u00e9cialit\u00e9. D\u2019ailleurs, l\u2019une des chansons (<em>I\u2019m a Fool to Want You<\/em>) est carr\u00e9ment emprunt\u00e9e \u00e0 <strong>Sinatra<\/strong>, qui l\u2019avait co-\u00e9crite puisqu\u2019elle s\u2019inspire de son histoire d\u2019amour sulfureuse et tragique avec <strong>Ava Gardner<\/strong>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\">Quant \u00e0 sa performance vocale, comment dire\u2026\u00a0? Constamment harcel\u00e9e par le <strong>FBI<\/strong> qui cherchait \u00e0 la coffrer pour possession et usage de narcotiques (en guise de repr\u00e9sailles pour son culot de chanter soir apr\u00e8s soir son br\u00fblot anti-lynchage, <em>Strange Fruit<\/em>), <strong>Billie<\/strong> \u00e9tait en sevrage d\u2019h\u00e9ro\u00efne et compensait pr\u00e9tendument en ingurgitant un demi-litre de gin avant chaque s\u00e9ance, juste pour se calmer les nerfs. Ce qui explique sa diction par moments mollassonne.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva; color: #800000;\"><strong>Un accueil mitig\u00e9<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: verdana, geneva;\">\u00c0 l\u2019\u00e9poque comme aujourd\u2019hui,<em> Lady in Satin<\/em> ne faisait pas l\u2019unanimit\u00e9. Comme je l\u2019ai mentionn\u00e9, la voix de <em>Billie<\/em> n\u2019\u00e9tait plus optimale depuis des ann\u00e9es, m\u00eame si la chanteuse faisait toujours montre de son l\u00e9gendaire flair rythmique, de son phras\u00e9 unique et de son intensit\u00e9 coutumi\u00e8re. Avec le recul, certains commentateurs se sont montr\u00e9s plut\u00f4t s\u00e9v\u00e8res. Dans le <em>Penguin Guide to Jazz,<\/em> <strong>Richard Cook<\/strong> et <strong>Brian Morton<\/strong> ont attribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;album une note de trois \u00e9toiles sur quatre \u00e9toiles, mais l\u2019ont d\u00e9crit comme <em>un coup d\u2019\u0153il voyeuriste sur une femme battue<\/em>. Dans le <em>Rolling Stone Jazz Record Guide<\/em>, on parle de <em>Lady in Satin<\/em> comme <em>d\u2019une dame trop habill\u00e9e<\/em>, ajoutant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un <em>album de la fin des ann\u00e9es\u00a01950, une \u00e9poque o\u00f9 <strong>Billie Holiday<\/strong> avait d\u00e9j\u00e0 perdu une grande partie de son <\/em>punch.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\">En\u00a01997, dans la pr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9dition comm\u00e9morant le 40<sup>e<\/sup>\u00a0anniversaire de <em>Lady in Satin<\/em>, l\u2019un des principaux int\u00e9ress\u00e9, l\u2019arrangeur <strong>Ray Ellis<\/strong> s\u2019exprimait en ces termes\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\">Je dirais que le moment le plus \u00e9mouvant des s\u00e9ances a \u00e9t\u00e9 celui o\u00f9 elle \u00e9coutait la piste vocale de I&rsquo;m a Fool to Want You. Elle en avait les larmes aux yeux&#8230; Apr\u00e8s avoir termin\u00e9 l&rsquo;album, je suis all\u00e9 dans la r\u00e9gie et j&rsquo;ai r\u00e9\u00e9cout\u00e9 toutes les prises. Je dois admettre que je n&rsquo;\u00e9tais pas satisfait de sa prestation, mais j&rsquo;\u00e9coutais d\u2019un point de vue musical plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e9motionnel. Ce n&rsquo;est que lorsque j&rsquo;ai entendu le mix final quelques semaines plus tard que j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 quel point sa performance \u00e9tait exceptionnelle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\"><strong>Ellis<\/strong> n\u2019a pas tort. Pour mieux saisir la grandeur de <em>Lady in Satin<\/em>, il vaut mieux l\u2019\u00e9couter avec son c\u0153ur qu\u2019avec ses oreilles et se laisser \u00e9mouvoir par la puissance ET la fragilit\u00e9 de ces interpr\u00e9tations qui bien entendu portent les marques de l\u2019\u00e9poque de leur enregistrement et n\u00e9anmoins s\u2019imposent comme intemporelles. Ce n\u2019est pas le disque que je recommanderais \u00e0 quelqu\u2019un qui n\u2019a jamais \u00e9cout\u00e9 <strong>Billie Holiday<\/strong> et qui veut la d\u00e9couvrir, mais il n\u2019en demeure pas moins essentiel.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva;\">Et, contrairement au titre de la derni\u00e8re chanson du disque (<em>The End of a Love Affair<\/em>), ce disque a \u00e9t\u00e9 pour moi le point de d\u00e9part d\u2019une histoire d\u2019amour encore plus profonde pour <strong>Lady Day<\/strong>.<\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/billieholiday.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #800000;\"><strong>https:\/\/billieholiday.com\/<\/strong><\/span><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-family: verdana, geneva; color: #800000;\"><strong>\u00c0 propos\u2026<br \/>\n<\/strong><\/span><span style=\"font-family: verdana, geneva;\">Depuis 2009, <strong>Stanley P\u00e9an<\/strong> anime l\u2019\u00e9mission <strong><em>Quand le jazz est l\u00e0,<\/em><\/strong> diffus\u00e9e d\u00e9sormais du lundi au jeudi en fin de soir\u00e9e \u00e0 l\u2019antenne d\u2019<strong>ICI Musique<\/strong>, \u00e0 laquelle s\u2019est ajout\u00e9e en ao\u00fbt dernier <strong><em>La Bo\u00eete de jazz<\/em><\/strong>, en ondes le dimanche soir. Et depuis le d\u00e9but de f\u00e9vrier\u00a02023, il anime \u00e9galement <strong><em>Soul, la nuit<\/em><\/strong>, une \u00e9mission d\u2019une heure consacr\u00e9e \u00e0 ce genre musical qui passe apr\u00e8s les coups de minuit, \u00e0 la suite de <strong><em>Quand le jazz est l\u00e0<\/em><\/strong>. <\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a 65\u00a0ans, du 19 au 21\u00a0f\u00e9vrier 1958, la chanteuse Billie Holiday enregistrait son avant-dernier album en carri\u00e8re, et le dernier \u00e0 para\u00eetre de son vivant, le somptueux et douloureux Lady in Satin. Retour sur un disque incontournable\u00a0! 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