Patricia Deslauriers : un défi n’attend pas l’autre

Fin novembre, les mélomanes apprenaient la nomination de Patricia Deslauriers au poste de responsable de la programmation variétés du Domaine Forget, à Saint-Irénée face au fleuve. Sur les réseaux sociaux, la principale intéressée saluait la réjouissante nouvelle avec la ferveur qu’on lui connaît, en qualifiant son nouveau mandat de belle aventure qui commence. À ses dires, l’Académie internationale de musique et de danse à Charlevoix, un endroit magique, occupe une place spéciale dans son cœur depuis les années 1980, à l’époque où elle y a fait des stages en jazz animés par le grand Michel Donato. Retour sur ce nouveau défi que la musicienne compte relever avec enthousiasme.

Au moment de cet entretien, Patricia Deslauriers se remettait d’une petite grippe et du choc d’apprendre le décès du comédien, chanteur, homme politique et humaniste Jean Lapointe survenu le 18 novembre dernier. L’ex-Jérolas avait été le premier artiste à retenir ses services d’accompagnatrice, sans même soupçonner que le premier album que la future contrebassiste avait demandé en cadeau à ses parents, à l’âge de huit ou neuf ans, était son album Chante-la ta chanson (Kébec Disc, 1978). C’était un artiste formidable et un être extraordinaire que j’aimais tellement. Je ne suis pas la seule à pleurer son départ, je sais : Jean était si généreux et il a aidé tellement de gens ! 

Contrebassiste et bassiste, choriste, compositrice et arrangeuse, cheffe d’orchestre et directrice musicale sur d’innombrables projets, Patricia roule sa bosse depuis plus d’un quart de siècle. Elle a accompagné sur scène, sur disque et à la télévision de nombreux artistes parmi les plus prestigieux du domaine de la chanson ou du jazz d’ici ou d’ailleurs. Ces derniers mois, elle s’est illustrée au sein de l’orchestre sous la direction de son ami le pianiste Jean-Fernand Girard en soutien à la comédienne Guylaine Tremblay pour son spectacle J’sais pas comment, j’sais pas pourquoi, l’hommage aux chansons et à l’univers d’Yvon Deschamps présenté un peu partout au Québec. Et comme si cette tournée n’était pas assez accaparante, Patricia Deslauriers a trouvé le temps de remplacer sa consœur contrebassiste Blanche Baillargeon au sein de la formation de swing manouche Christine Tassan et les Imposteures qui se produisait dans l’Ouest du Canada, de Yorkton à Saskatoon, de la mi-octobre au début de novembre.

Éclectisme et curiosité
Native de Notre-Dame-de-la-Merci, dans Lanaudière, Patricia a commencé son apprentissage musical à la Polyvalente Saint-Jérome, en s’initiant d’abord au trombone, mais des problèmes de santé l’ont obligée à renoncer aux instruments à vent. Elle s’est tournée vers la basse électrique et les percussions et s’est jointe à l’ensemble de jazz Le Triolet Casino Stage Band dirigé par son prof Alain Gravel. Comme bien des bassistes, contrebassistes, cet instrument n’était pas mon premier choix, mais je l’ai adopté par la suite, plutôt que les autres que j’ai essayés. De toute évidence, elle n’a jamais eu à le regretter.

Inscrite en 1987 en interprétation jazz au Cégep de Saint-Laurent, elle a parfait sa maîtrise de la basse électrique sous la tutelle de Sylvain Bolduc. L’année suivante, elle obtenait une bourse pour l’Université de Lethbridge en Alberta où elle a étudié en écriture, composition, direction d’ensemble et chant classique. C’est durant ces années-là qu’elle a adopté la contrebasse acoustique comme instrument de prédilection et a bénéficié des enseignements de Michel Donato, au Domaine Forget comme à l’Université de Montréal. Le fait d’avoir pratiqué d’autres instruments m’a permis, en tant que cheffe d’orchestre de mieux comprendre la réalité et la fonction de chacun d’eux, de concevoir des arrangements mieux adaptés aussi.

De fil en aiguille, la jeune musicienne a su dénicher des contrats divers, comme bassiste ou contrebassiste assez tôt dans sa carrière. Qu’elle ait été l’une des rares filles à jouer de ces deux instruments aussi essentiels en pop qu’en jazz ne lui a certes pas nui. Mais Patricia Deslauriers avoue avoir davantage d’affinités avec le gros violon acoustique. C’est sûr que ça dépend du contexte. Pour le jazz, j’aime moins jouer de la basse électrique. C’est une affaire de son, sans doute ; c’est lié à ce que j’entends et ce que j’ai le goût de reproduire. Évidemment, pour le funk, l’emploi de la basse s’impose.

Tout le monde ne se souvient pas ou ne sait peut-être tout simplement pas à quel point Patricia a œuvré dans le domaine de l’humour. J’ai été cheffe d’orchestre pour François Léveillé et j’ai travaillé à tous les galas Grand Rire [aujourd’hui ComédiHa!], des galas Juste pour Rire aussi, les séries Fun noir, La Croisière en folie et toutes sortes d’émission de télé d’humour, où les musiciens devaient assurer la transition entre les numéros.

La propension innée de Patricia Deslauriers pour le rire et la bonne humeur l’a sans doute beaucoup aidée dans les épreuves qu’elle a dû traverser ces dernières années. Remise de ses problèmes de santé, la musicienne se réjouit de la reprise des activités publiques dans le domaine culturel. Manifestement, à en juger par son agenda très rempli, sa forme est optimale. Et puis, c’est surtout que j’aime jouer : c’est ce qui nous rend vivants !

Il faut dire que dès le début de la pandémie, Deslauriers avait contracté le coronavirus qui l’avait sévèrement malmenée. Comme tous ses collègues du milieu artistique, le confinement, la valse des fermetures et réouvertures intermittentes des salles de concerts et de spectacles ont miné son moral. Sitôt guérie de la covid-19, Patricia Deslauriers n’a pas raté une seule occasion qui se présentait de remonter sur scène.

Refus des ornières
On devine que le fait d’avoir joué divers types de musique facilitera la tâche à Patricia Deslauriers dans ses nouvelles fonctions au Domaine Forget. C’est un vaste terrain de jeu qu’on ma confié, opine-t-elle. Et quand on programme, on ne peut pas programmer juste selon ses goûts personnels. On travaille pour le public, auquel on veut plaire, à qui l’on veut faire découvrir des choses. On programme aussi en fonction du lieu. Tu sais, le Domaine Forget, c’est un lieu associé à une exigence de grande qualité musicale. Il faut respecter son ADN. Le fait que j’ai rencontré autant d’artistes, tous genres confondus, me permet d’être à l’écoute de l’amalgame qui est à faire.
 

Comme musicienne et comme mélomane, Patricia Deslauriers ne cache pas son amour pour la musique avec un grand M, peu importe le genre, en autant qu’elle soit jouée avec cœur et sincérité, avec compétence. Et elle ne se laisse pas effrayer par le défi qui lui a été lancé. Il y a plein de choses que j’aimerais faire : la musique, la chanson sont un peu en crise en ce moment. Et j’aimerais convaincre le public que ça fait du bien d’aller voir et entendre des concerts en live. Lui montrer que même s’il ne connaît pas un type de musique, rien ne l’empêche d’apprendre à l’aimer.

Dans tout ça, le plus grand défi, reste pour elle de faire en sorte que le public soit aux rendez-vous qu’elle lui fixera.

Au service des autres, aux dépends de soi
Même si Patricia Deslauriers a quitté l’organisation du Havre musical de l’Islet (sur l’Isle-aux-Coudres), elle demeure la directrice artistique du festival Québec jazz en juin, qui a vu le jour dans la capitale nationale à l’été 2019. Les amateurs de jazz et de chanson poétique gardent le souvenir de sa contribution à l’hommage de la pianiste américaine Rachel Z à l’œuvre de Joni Mitchell (Moon at the Window, Tone Center, 2002) et, surtout, l’excellent album Lucky, Lucky (Silence, 2012), un recueil de relectures jazz de musiques de Richard Desjardins que la contrebassiste avait gravé à la tête d’un trio réunissant autour d’elle St-Onge au piano et Paul Brochu à la batterie. La contrebassiste a-t-elle l’impression que ses divers engagements aux côtés des autres ont fini par éclipser, voir entraver ses projets personnels ? Effectivement, j’ai été très occupée à accompagner les autres, sur scène, sur disque et même dans la période qui précède, celle de la conception, de la création. Alors j’ai manqué un peu de temps pour moi. C’est prenant, tu sais, faire un album.

Néanmoins, en marge de tous ses défis qu’elle n’a pas tendance à refuser, Patricia travaille lentement mais sûrement à de nouvelles compositions en vue d’un éventuel prochain album. Inutile de dire qu’on a hâte de les entendre.

Patricia Deslauriers 
Responsable programmation variétés
C 514-893-4847
F 418 452-3503 
Courriel; pdeslauriers@domaineforget.com

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