Casque d’écoute HD 800 S de Sennheiser

Pour définir le futur de l’audio

Vous avez sûrement constaté que la lecture de nos musiques à l’aide de lecteurs nomades, aujourd’hui d’une qualité audio formidable, s’accompagnait aussi d’une recrudescence d’écouteurs boutons, tout en disposant également de casques d’écoute. Ce qui est surprenant, c’est que même si les utilisateurs sont en mode promenade, ils peuvent se servir de casques assez volumineux, qu’on aurait plutôt réservés à une utilisation salon. Celui présenté aujourd’hui, le HD 800 S de Sennheiser correspond au sommet de la gamme du manufacturier et même s’il peut fort bien être utilisé pour des lectures mobiles, il vise plutôt l’utilisation domestique de très haut niveau ou le contrôle de studio.

La présentation est à la hauteur de l’appareil HD 800 S, même si ça ne rentre pas dans mes goûts personnels. La grande boîte noire et le tissu de velours noir moulant l’emplacement du casque me semblent créer un cachet un peu triste, même si je comprends le désir d’élégance et de prestige recherchés et réussis. Accompagnant le casque, il nous est proposé un câble de trois mètres de long muni d’un connecteur ¼ po (6,3 mm), un autre pour le mode balancé avec connecteur XLR, un tissu en microfibre pour l’entretien régulier, un très beau livret d’instructions en 17 langues et une clé USB comportant, entre autres, la courbe de réponse personnalisée de ce casque HD 800 S qui porte le numéro de série 4322. On peut voir sur cette courbe de réponse personnalisée, l’extraordinaire linéarité du casque avec une extension peu ordinaire. Mais ceci mérite quelques explications. Le lecteur reviendra au graphe publié dans cet article, qui est la courbe de réponse du casque HD 800 S analysé ici. Avec un morceau de papier, on cachera le tracé en dessous de 300 Hz à gauche dudit tracé, et avec un autre morceau de papier, on cachera la partie à droite du tracé après 3 000 Hz. Quand on sait que cette zone de 300 à 3 000 Hz est la zone la plus sensible de nos oreilles (de toutes les oreilles !), même un lecteur peu familier avec ce genre de mesure constatera que le résultat obtenu est particulièrement linéaire, qu’il semble tracé à la règle. Incroyable mais vrai ! Une telle linéarité est exceptionnelle et donne une parfaite idée du travail accompli par les ingénieurs de Sennheiser.

Si maintenant on cache la partie sous observation (celle de 300 à 3 000 Hz), on note une légère remontée dans les graves sous de 300 Hz et également une légère remontée dans les aigus à partir de 6 000 Hz. Ces remontées très progressives, de part et d’autre de notre zone de sensibilité maximale, vont donner une chaleur particulière dans le bas du spectre et une définition accrue dans le haut. La réponse, en matière de fréquences, du HD 800 S révélée par Sennheiser s’étend de 10 à 44 100 kHz @ – 3 dB, ce qui est remarquable. C’est ainsi que l’on peut décrire, pour la compréhension de tous, ce qui figure sur ce graphe. Restera ensuite, pour moi, à commenter ce que l’écoute confirme de ces mesures.

Description générale

Le HD 800 S de Sennheiser est un casque de type dynamique, circum-aural, ouvert, fabriqué en Allemagne et utilisant des matériaux particuliers, et même peu souvent rencontrés. À bien regarder son esthétisme général et surtout l’architecture particulière des coquilles, on se dit que la recherche a dû être intensive dans le bureau d’études de la société, afin d’obtenir cette géométrie qui épouse parfaitement nos oreilles. Mais dire seulement que l’architecture des coquilles épouse parfaitement le contour des oreilles serait réducteur. Il est maintenant nécessaire d’expliquer en détail la réalisation technique desdites coquilles.

D’abord, soulignons que de grandes coquilles permettent de loger de grandes membranes de haut-parleurs et c’est le cas ici, puisque chaque cône mesure 56 millimètres de diamètre (soit un peu plus de 2 pouces) et que l’intérieur de chaque coquille est légèrement incliné pour permettre une position subtilement anglée par rapport à nos oreilles. Cette stratégie de positionnement va permettre de ne pas retrouver un cône dirigé directement dans le creux de notre conduit auditif, ce qui rend l’écoute plus douce, surtout dans le cas d’utilisation très prolongée. La géométrie des coquilles épouse parfaitement le contour de notre pavillon auditif avec, si le réglage du serrage est optimal, une impression  d’absence de ce casque sur notre tête après quelques minutes. Le HD 800 S est un casque de type franchement ouvert, car c’est tout l’endos des coquilles qui est ajouré.  La partie centrale de l’arrière des haut-parleurs est protégée par une grille rigide à grosses mailles, ainsi que la partie coquille même qui est munie d’un feuillard métallique ultramince et micro perforé, matière utilisée dans le secteur aéronautique. Une attention particulière a été portée sur le câble de liaison qui est torsadé et enrobé d’une protection de coton. Même si cela ajoute un peu de poids et de rigidité au cordon, l’absence totale de bruit de frottement du câble est absolument remarquable.

Ergonomie et confort

Les axes de rotation du HD 800 S sont placés de manière à ajuster les coquilles parfaitement et à créer un équilibre de pression constant. Pour en finir avec le confort, une couronne de mousse à mémoire vient parfaire l’assise des coquilles dans notre partie osseuse. L’arceau positionnant le casque sur notre crâne est large et également très efficace. Ici, on cible le confort extrême avec une recherche évidente de port de longue durée, voire continu, si l’utilisation du casque devient professionnelle. C’est d’ailleurs là le point le plus critique des casques, le confort à long terme qui mène, s’il est parfaitement maîtrisé, à un oubli de sa présence sur notre tête. Bien sûr vous me direz qu’il est impossible de se défaire de cette sensation, mais tout de même, j’avoue avoir été particulièrement séduit par le résultat obtenu avec le HD 800 S, surtout après plus d’une heure de port.

Écoute diversifiée et prolongée

Si mon écoute est souvent diversifiée lors de mes analyses, elle le sera encore plus aujourd’hui où, volontairement, j’ai sélectionné une pléiade de bons et de mauvais enregistrements. Bons, on comprendra, mais mauvais, il faut que je m’explique. Par mauvais, je ne veux pas dire exécrables ou même ratés. Non, je veux dire que ce sont quelques enregistrements que je qualifierais de douteux, desquels je ne peux pas dire immédiatement ce que je ressens. En fait, le HD 800 S doit me permettre de deviner ce que je ne comprenais pas de la prise de son lors de l’écoute originale : la définition redoutable de ce casque d’écoute va me le permettre. Tenez, par exemple, Calogero en spectacle. Je connais bien l’album et je reste toujours sur ma position quant à la qualité de la prise de son. Lorsque j’écoute cet album avec des enceintes acoustiques, l’image est un peu floue et l’artiste mal défini, peut-être parce qu’il se déplace beaucoup sur scène.

Suivra un peu de musique du monde, quelque chose de complexe et de solennel, de quoi faire peur aux enceintes boiteuses. De la musique classique avec une charge émotionnelle forte, comme de la musique sacrée par exemple, et du jazz actuel, celui qui est peu souvent décrit par les spécialistes comme étant du jazz. Je ferai aussi un tour d’horizon des choses qu’on glane sur le Net, afin de connaître un nouveau groupe de musique ou lorsqu’une musique de film a retenu notre attention et qu’on cherche à savoir si le reste de la prestation mérite le détour.

Donc avant Calogero, allons écouter sur le Net d’abord. Bien sûr, ce n’est jamais parfait et trop souvent très compressé, mais parfois de petits joyaux sont découverts, quelques prestations en concert avec de véritables surprises pouvant s’avérer excellentes pour ma démonstration. Du spectacle complet de Nils Petter Molvaer à Tbilisi, à Selah Sue au Trianon de Paris, en passant par Eric Truffaz au Worldstock Festival 2015, si toutes les images sont en général assez bonnes, le son est exceptionnel dans tous les cas et admirablement décortiqué par le HD 800 S de Sennheiser. Et quand je dis décortiqué, je pèse mes mots. Analysé au plus haut point devrais-je dire, avec une magnifique retransmission des ambiances bien différentes dans les trois cas.

J’ai écouté une première fois directement à partir de mon laptop HP Envy dont la puissance de sortie est tout à fait compatible et suffisante avec le HD 800 S, (contrairement à ce que j’ai lu quelque part) pour ensuite introduire ces spectacles dans mon système habituel. Si le son est correct en mode direct – le HD 800 S et mon laptop – il devient assez renversant lorsque couplé au système, c’est-à-dire amplifié par mon intégré dont la sortie casque est issue de la section d’amplification elle-même. Puis ont suivi quelques reportages, quelques émissions de discussions et d’entrevues, pour bien sentir – ou ressentir, les effets de studio et leurs dispositions de micros particulières, de places et d’acoustiques différentes, pour bien percevoir les nuances qui nous échappent avec des enceintes, aussi excellentes soient-elles.

Pour le cas Calogero, preuve est faite que l’artiste bouge sur scène, beaucoup, comme je le présentais… Mais avec une écoute au casque et aidé par le HD 800 S de Sennheiser, on comprend tout de suite les mouvements et la direction que prend le chanteur sur la scène. En fait, c’est ce qui me manquait et c’est ce que le casque me donne ; une vérité gestuelle. En musique du monde, Hector Zazou a créé des œuvres qui permettent réellement de jouir de tout bon système, soit une hyperdéfinition en même temps qu’une prise de son irréprochable sans oublier, bien sûr, l’aspect créatif exceptionnel. Avec le HD 800 S, on réalise ce que l’œuvre In the House of Mirrors a de magique. Et on se met à la place de l’auteur en suivant ses désirs et ses moindres arrangements. Dans la pièce Zannat, par exemple, jamais les microdétails que nous fait découvrir le casque ne se révéleront aussi ciselés avec des enceintes, aussi extraordinaires soient-elles. C’est absolument prodigieux, grâce au HD 800 S, de pouvoir déceler tant de finesse.

J’espère que les lecteurs apprécieront mon audace quant au disque suivant qui est Les Sept paroles du Christ de Théodore Dubois dans une version 1960 enregistrée en l’église Saint-Jean Baptiste de Montréal et rééditée avec une restauration sonore en 2004. Dans ce cas, le casque HD 800 S vous apprend que, de toute évidence, on a privilégié la définition à la sensation d’espace, que la pureté des voix et de l’orgue a primé sur la notion de grandeur acoustique. Et on ne peut pas s’empêcher de constater que le casque HD 800 S de Sennheiser respecte vraiment le sens sacré de l’œuvre.

Courbe de réponse du casque HD 800 S de Sennheiser no : 4322

En ce qui concerne l’album de Betty Bonifassi, le résultat est si extraordinaire que je me demande si cet album n’a pas été finalisé avec une paire d’écouteurs, tant les différents aspects que je considérais comme un peu suspects, prennent une autre dimension. Par exemple, ce moment où des clous de rails font office d’instruments de percussion et qui deviennent tout à fait évidents avec le HD 800 S alors qu’ils ne sont qu’un cliquetis qui peut paraître légèrement flou avec des enceintes. Le privilège d’un casque est de vous éviter les pertes dues aux réflexions et à l’absorption de l’acoustique de votre pièce, mais pourtant, je décèle des indices escamotés avec mes enceintes, même lors d’écoutes en champs rapprochés – de 1 m à 1,50 m de distance. La dynamique s’avère renversante tant elle nous surprend, non pas seulement par son intensité, mais aussi par sa fulgurance. Définition exemplaire, notion d’espace grandiose, dynamique renversante, magnifique clarté des registres et particulièrement de l’aigu qui file très haut, port de longue durée très agréable, le HD 800 S de Sennheiser est une fantastique réalisation.

Comparons, expliquons et venons-en à une conclusion

Une chose est sûre, la qualité de lecture impose désormais la qualité de l’appareil d’écoute. Et dans ce cas, l’appareil d’écoute dont on parle ici peut être qualifié de sensationnel. Ce que révèle le graphe publié par le manufacturier est en rapport avec la sensation qu’on a lorsqu’on utilise le casque HD 800 S de Sennheiser, une sensation de linéarité et de définition extrême qui alimente notre désir de renouveler le plaisir en écoutant davantage. Il est nécessaire d’attendre quelques secondes avant de se prononcer quand on passe de l’écoute au casque à l’utilisation d’enceintes, quelques secondes utiles pour que notre cerveau comprenne qu’il y a maintenant une notion d’espace plus grand avec les enceintes, même si le HD 800 S ne limite pas la scène sonore uniquement entre nos deux oreilles, mais légèrement plus vers notre front, voire même nettement en avant par moments. Cette notion d’espace différente est sûrement due à la légère inclinaison des transducteurs à l’intérieur des coquilles et à la forme très recherchée de ces coquilles ont.

Quoi qu’il en soit, acoustiquement parlant, je suis totalement séduit… séduit par la beauté de transcription d’abord et par la richesse des plans sonores, mais également comblé par la précision des images qui se créent dans mon esprit et par l’envoûtement, après quelques minutes d’utilisation du HD 800 S, à chaque nouveau choix de musique que je lui propose. Comme on le lit souvent dans les revues spécialisées, ce déferlement de qualité qui mène au bonheur acoustique total a un prix. Certes. Un prix un peu élevé me direz-vous ? Pas tant que ça si on considère qu’il sera difficile de parvenir à autant de satisfaction sur le plan musical, avec des enceintes, en dépensant le même montant. L’amateur atteindra un degré de satisfaction difficile à mesurer et le professionnel aura, avec le HD 800 S, un outil très sérieux qui l’accompagnera longtemps dans son travail. Pour tous – et comme beaucoup le disent – je crois que le HD 800 S de Sennheiser est à prendre en compte avant tout achat tout autant que si on veut savoir ce qu’est une véritable référence. Une véritable référence qui définit le futur de l’audio.

RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

Prix : 1 899,99 $
Garantie : 2 ans, pièces et main-d’œuvre
Fabricant / Distributeur :
Sennheiser Canada,
Tél. : 514.426.3013,
Site Internet: Sennheiser

Médiagraphie
Calogero, Live 2015, Polydor LC00309
Hector Zazou and Swara, In the house of Mirrors, Crammed discs, Craw 47
Théodore Dubois, Les sept paroles du Christ, Disque XXI-21 Records, CD 2 1482
Betty Bonifassi, LABECD-2005

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